Série d'entretiens avec des cadres : Fer Isella, cofondateur et PDG de Limbo Music
La série d'entretiens exécutifs de Merlinest une série mensuelle qui présente des cadres issus de l'ensemble des membres dynamiques et diversifiés de Merlinà travers le monde, discutant de certains des sujets les plus urgents, des développements et des innovations dans le domaine de la musique indépendante d'aujourd'hui. Ce mois-ci, Fer Isella, cofondateur et directeur général de Limbo Music, est à l'honneur.
Leadership et vision
Q : Vous êtes membre de conseils d'administration et d'initiatives telles que Merlin, Earth/Percent et la Recording Academy. Comment ces rôles influencent-ils votre point de vue sur l'avenir de l'écosystème de la musique indépendante ?
"Ma participation à des conseils d'administration tels que Merlin, Earth/Percent et la Latin Recording Academy m'a appris quelque chose de fondamental : au-delà des différents rôles dans l'industrie musicale, les maisons de disques, les producteurs et les organisations à but non lucratif, il existe un puissant fil conducteur qui nous unit tous : la musique en tant que vecteur essentiel de la communication humaine.
Ce qui a été le plus révélateur, c'est de découvrir que, bien que nous travaillions avec des professionnels de la musique de toutes les régions du monde, nous sommes confrontés à des défis remarquablement similaires dans le monde entier. Cette diversité nous permet de trouver un terrain d'entente et de proposer des solutions enrichies par les différentes perspectives et réalités de chaque région".
Q : De votre point de vue, quelles sont les plus grandes opportunités pour les leaders indépendants de façonner une industrie musicale plus saine et plus équitable ?
"Pour les dirigeants indépendants, la plus grande opportunité réside dans le soutien mutuel qu'ils s'apportent tout au long de leur parcours. Le monde du bricolage peut être extrêmement solitaire, que ce soit dans la réussite ou dans l'échec. C'est pourquoi il est essentiel de rompre avec l'insularité de notre industrie et de s'étendre à d'autres secteurs : jeux vidéo, cinéma, design et technologie.
Une véritable mise en réseau, pas seulement commerciale, est fondamentale. Diriger avec humilité et générosité est la clé pour construire une industrie musicale indépendante qui maintient son autonomie tout en restant profondément connectée à l'écosystème créatif mondial".
Identité et stratégie de l'entreprise
Q : Limbo Music a été fondé pour être plus qu'un distributeur traditionnel. Comment l'entreprise a-t-elle évolué et quelle place pensez-vous qu'elle occupe aujourd'hui dans l'économie de la musique numérique ?
"limbo/ est né il y a 20 ans, lorsque je suis retourné à Buenos Aires après avoir étudié à Boston grâce à des bourses Fulbright et Berklee et avoir vécu sept ans à New York. J'ai découvert un territoire latino-américain où le monde numérique n'avait encore été intégré à aucune industrie, en particulier celle de la musique. C'était l'époque de la naissance de Facebook et de MySpace, et je voulais simplement créer un foyer où les musiciens indépendants pourraient être encouragés.
Q : La durabilité et l'équité sont au cœur de votre mission. À quoi ressemble l'intégration de ces valeurs dans les décisions quotidiennes d'une entreprise technologique ?
"En tant que technologue dans l'âme, je me suis d'abord intéressé à la technologie, puis à la musique ; j'ai trouvé mon espace idéal à la confluence des deux. Nous avons été les premiers distributeurs d'Amérique latine à signer avec iTunes. Nous avons commencé humblement en numérisant les CD d'amis musiciens sur un PC, et aujourd'hui nous exploitons une API RESTful avancée et la première plateforme d'analyse conversationnelle pour les DSP via notre tout nouveau serveur MCP, au service des maisons de disques du monde entier.
La transparence financière a été et continue d'être au cœur de nos préoccupations. Nous avons toujours recherché la créativité afin d'obtenir un résultat économique réel et durable pour le secteur indépendant.
L'innovation et l'avenir de la distribution musicale
Q : L'industrie musicale entre dans une nouvelle ère de diffusion en continu et de gestion des droits. Quels défis voyez-vous se profiler à l'horizon et comment Limbo se prépare-t-il à les relever ?
"Nous sommes confrontés à une possible transformation radicale de la propriété intellectuelle. Avec l'avènement de l'intelligence artificielle, je pense que la survie de la propriété intellectuelle sous sa forme actuelle est plus que jamais remise en question.
Cependant, il y a de l'espoir : L'IA est formée sur le passé que nous avons construit. Ce que nous créons aujourd'hui et demain ne fera pas partie de son entraînement si nous protégeons notre travail de manière adéquate. Nous avons besoin d'une sensibilisation ferme, de connaissances juridiques solides et d'une préparation technique. Le cygne noir est déjà là. S'adapter ou mourir".
Q : Comment les entreprises indépendantes peuvent-elles utiliser la technologie non seulement pour se développer, mais aussi pour donner plus de pouvoir aux artistes et aux titulaires de droits dans un paysage qui évolue rapidement ?
"Malheureusement, le secteur n'a pas adopté la blockchain quand nous aurions pu le faire, perdant ainsi une opportunité cruciale pour l'attribution des métadonnées, qui se traduit par des crédits afin que chaque créateur puisse percevoir ce qui lui est dû. La blockchain reste fondamentale pour l'avenir des droits et de la monétisation transparente.
Le secteur a également besoin d'une plus grande intégration et d'une normalisation des meilleures pratiques entre les formats DDEX de tous les services de diffusion numérique (DSP)".
Durabilité et impact social
Q : Limbo s'est associé à des initiatives telles que Earth/Percent pour aligner la distribution de musique sur l'action climatique. Comment choisissez-vous vos partenariats et quel rôle la collaboration peut-elle jouer dans la conduite d'un changement systémique ?
"limbo/ a toujours eu une composante fondamentale de changement social. Nous avons créé des événements avec des organisations comme UnConvention et le British Council, en formant des professionnels du monde entier à l'industrie musicale indépendante.
Actuellement, en collaboration avec Brian Eno à Earth/Percent, nous donnons une voix à la nature en monétisant du contenu pour des fonds à but non lucratif qui luttent contre le changement climatique. Nous ne voulons pas en rester au niveau des mots : nous avons collecté plus de 250 000 dollars en seulement un an et demi pour l'UN Live Fund, en donnant la parole à la "NATURE" sur toutes les plateformes numériques tout en collaborant avec de véritables artistes humains.
Lorsque nous choisissons des collaborations, nous cherchons à aligner nos valeurs sur celles des fondateurs. Nous travaillons avec un maximum de profondeur, de transparence et d'objectifs communs. Nous pensons toujours à long terme : nous n'avons pas de rotation du personnel, nous avons des clients stables et des partenariats durables. Nous pensons toujours à des partenariats à long terme.
Q : Vous vous êtes prononcé en faveur d'une participation plus équitable des créateurs sous-représentés, en particulier ceux d'Amérique latine et du Sud. Quels changements systémiques sont nécessaires pour créer une économie de la musique plus inclusive ?
"Pour renforcer des marchés comme ceux du Sud et de l'Amérique latine, la clé réside dans la collaboration et l'ouverture d'esprit pour créer de nouvelles tendances, comme le phonk brésilien, le latin trap ou l'afrobeat. Les créateurs originaux doivent disposer de leurs droits d'auteur et de leurs droits phonographiques pour garantir leur avenir indépendant et résister à la tentation des fonds d'investissement qui les considèrent comme des chiffres sur une feuille de calcul.
Q : Limbo intègre la durabilité dans son infrastructure, plutôt que de la traiter comme un ajout. Pouvez-vous donner des exemples de la manière dont cette philosophie façonne votre technologie et vos opérations ?
"Nous avons développé des outils où les analyses ne sont pas simplement visuelles. Nous avons créé un serveur AI MCP qui permet aux professionnels et aux musiciens d'interroger leurs données de manière conversationnelle en temps réel grâce à l'intelligence artificielle connectée directement aux API de tous nos services, avec la possibilité de créer des graphiques personnalisés et de recevoir des recommandations de stratégie marketing pour leur catalogue.
Les données, c'est le pouvoir. Les grandes maisons de disques le savent. Les artistes indépendants ont besoin d'outils tout aussi bons, voire meilleurs, pour s'approprier leurs informations et diriger leur propre destin. Pour nous, l'indépendance est synonyme de liberté.
Q : Certains pourraient considérer la durabilité comme un impératif moral, mais vous l'avez également présentée comme un avantage concurrentiel. Pourquoi pensez-vous que le succès à long terme du secteur indépendant dépend de l'adoption de la durabilité ?
"La musique ne peut survivre sur une planète qui n'existe pas. Nous devons nous unir en tant qu'êtres humains, au-delà des genres musicaux, des ethnies ou des nationalités, pour relever les défis les plus importants et les plus urgents auxquels l'humanité est confrontée.
La durabilité n'est pas seulement un impératif moral : c'est notre avantage concurrentiel et la garantie d'un avenir où la musique indépendante peut s'épanouir".